Les oiseaux d’eau côtiers subissent-ils des dérangements ?

18 novembre 2020

De très nombreux oiseaux d’eau côtiers fréquentent le littoral du Parc, en période hivernale et  lors de leur halte migratoire, pour trouver nourriture et repos. Les multiples activités qui se pratiquent parfois sur les mêmes secteurs peuvent être source de dérangement sur ces populations d’oiseaux. Afin de mieux connaître les interactions entre les deux, et mesurer l’impact des dérangements, le Parc naturel marin, l’unité avifaune migratrice et le service départemental de Charente-Maritime de l’OFB testent un protocole de suivi expérimental qui pourrait être généralisé à l’échelle du Parc.

Les oiseaux d’eau côtiers et marins se regroupent pour se reposer ou se nourrir sur l’estran
Les oiseaux d’eau côtiers et marins se regroupent pour se reposer ou se nourrir sur l’estran

Anavel Ravaud - OFB

Le Parc, un site d’accueil majeur pour les oiseaux

Le Parc se situe sur l’axe de migration Est-Atlantique de l’avifaune. 250 espèces d’oiseaux marins et côtiers (telles que les macreuses, bernaches ou bécasseaux), représentant certains hivers plus de 300 000 individus, utilisent ses habitats lors de haltes migratoires ou de leur hivernage. L’enjeu de conservation est donc déterminant pour de nombreuses espèces au sein du Parc car il doit permettre un bon déroulement de cette étape pour leur cycle biologique. A cette occasion, les oiseaux font leur réserve énergétique pour leur prochaine migration de reproduction. Cette escale est donc essentielle à la sauvegarde des populations !

Mais le littoral, espace attractif pour l’Homme, est une zone géographique où se déroulent de nombreuses activités de loisirs ou professionnelles. Certaines d’entre elles peuvent être source de dérangement pour les oiseaux.

Comment se manifestent les dérangements des oiseaux et quelles sont les conséquences ?

Deux types de dérangement sont décrits par les scientifiques : le dérangement actif où la pratique d’une activité effarouche directement les oiseaux présents, et le dérangement passif lorsqu’une zone favorable aux oiseaux est évitée par les espèces en raison de la présence humaine. Dans les deux cas, le dérangement se traduit par une perte de zones d’alimentation et/ou de repos. La perte d’habitats a ainsi pour conséquences : 

  • l’accroissement des dépenses énergétiques journalières des oiseaux
  • une distribution spatiale affectée qui augmente la fréquence et la taille des regroupements en compétition pour les ressources alimentaires
  • un impact sur leur reproduction 
  • un taux de mortalité accru

De « bonnes conditions » sur leurs sites de migration et d’hivernage sont donc indispensables à la survie et à la reproduction des oiseaux migrateurs. Ces bonnes conditions sont notamment caractérisées par l’accès à des ressources alimentaires suffisantes et la quiétude des secteurs fréquenté par les oiseaux pour s’y nourrir et s’y reposer.
 

Vol de bernaches cravant, oiseaux migrateurs d’intérêt patrimonial, au-dessus des pertuis. Le Parc est une zone d’importance internationale pour cette espèce en hivernage et en halte migratoire

Vol de bernaches cravant, oiseaux migrateurs d’intérêt patrimonial, au-dessus des pertuis. Le Parc est une zone d’importance internationale pour cette espèce en hivernage et en halte migratoire

Anavel Ravaud - OFB

Vol de bernaches cravant, oiseaux migrateurs d’intérêt patrimonial, au-dessus des pertuis. Le Parc est une zone d’importance internationale pour cette espèce en hivernage et en halte migratoire

Anavel Ravaud - OFB

Le projet de suivi expérimental

Garantir le maintien des effectifs accueillis dans le Parc en cohabitation avec de nombreuses activités anthropiques est un des défis de gestion du Parc. Pour cela, le Parc, l’unité avifaune migratrice et le service départemental de Charente-Maritime de l’OFB, expérimentent un protocole de suivi sur plusieurs sites tests (La Perrotine sur l’île d’Oléron, la baie de Bonne Anse, Mortagne-sur-Gironde, Casse de la Belle-Henriette, estuaire du Lay…) qui pourrait être généralisé à une dizaine de sites afin de couvrir la diversité de situations du périmètre du Parc, à l’horizon 2021. 
Une fois le protocole de suivi stabilisé et l’acquisition des données faites, le partage des résultats d’analyses permettra d’adopter des mesures visant à concilier le maintien des activités économiques et de loisirs, et, une zone d’importance internationale pour les oiseaux d’eau côtiers. 
 

Comment procède-t-on ?

Le protocole est déployé au minimum deux fois par mois et par site, sur une durée de 3 heures :

  • Un scan (tour d’horizon d’observation) de veille est réalisé toutes les 20 minutes, sur la zone étudiée. On identifie et on compte les espèces d’oiseaux d’eau côtiers se consacrant à un type d’activités : alimentation, repos, déplacement. L’objectif est de déterminer le comportement normal moyen des oiseaux en l’absence de dérangement.
  • Lorsqu’une source potentielle de dérangement apparaît dans la zone d’étude, sa nature est identifiée et un nouveau scan est réalisé. La réalisation de ce scan permet d’identifier la réaction des oiseaux en présence d’un dérangement (absence de réaction, vigilance, envol) et de comparer ainsi la réaction des oiseaux lorsqu’il n’y a pas de dérangement.
     
Observation et recensement des effectifs d’oiseaux lors d’une séance de test du protocole de 3 heures sur le site de La Perrotine (Ile d’Oléron)

Observation et recensement des effectifs d’oiseaux lors d’une séance de test du protocole de 3 heures sur le site de La Perrotine (Ile d’Oléron)

Anavel Ravaud - OFB

Observation et recensement des effectifs d’oiseaux lors d’une séance de test du protocole de 3 heures sur le site de La Perrotine (Ile d’Oléron)

Anavel Ravaud - OFB

Observation et recensement des effectifs d’oiseaux lors d’une séance de test du protocole de 3 heures sur le site de Bonne Anse.  Sont inventoriés la présence ou non d’un dérangement, le nombre d’individus par espèce et le comportement de chaque individu

Observation et recensement des effectifs d’oiseaux lors d’une séance de test du protocole de 3 heures sur le site de Bonne Anse.

Anavel Ravaud - OFB

Observation et recensement des effectifs d’oiseaux lors d’une séance de test du protocole de 3 heures sur le site de Bonne Anse.

Anavel Ravaud - OFB